Vétérinaire au forfait annuel en jours : que faut-il savoir ?

Le forfait annuel en jours consiste à décompter le temps de travail des salarié.e.s en jours (ou en demi-journées) sur l'année et non pas en heurse, comme il est d’usage la plupart du temps. Il est réservé aux cadres dits « autonomes », par opposition aux « cadres intégrés » dont le temps de travail est décompté en heures. Il constitue une dérogation par rapport au droit du travail français. En effet, ce calcul en jours exonère des dispositions du Code du Travail définissant les limitations quotidiennes (10 heures/jour) et hebdomadaires (35 heures/semaine) légales du travail ainsi que des dispositions relatives aux heures supplémentaires.


Pour qui ?

Il n'est pas réservé qu'aux salariés vétérinaires mais à tous les cadres censés être autonomes dans leur emploi du temps et qui ne peuvent pas forcément suivre l'horaire collectif ainsi qu'aux salariés autonomes dont la durée de travail ne peut être prédéterminée. En ce qui concerne les vétérinaires, il a été instauré (prévu par la convention collective) en raison des grandes variabilités dans l'organisation du temps de travail et de la longueur des journées imposée parfois par l'exercice libéral. Tout salarié vétérinaire à partir de l’échelon 2 (statut cadre) peut donc en bénéficier. En revanche, compte tenu de son caractère dérogatoire, on ne peut pas lui imposer : le choix de ce type de contrat doit donc se faire d'un commun accord entre le salarié et l'employeur (Code du Travail, art. L. 3121 - 40).

Notons que les ASV ne bénéficiant pas du statut cadre, ils ne peuvent bénéficier de ce type de contrat.

Combien de jours ?

Il est prévu par la convention collective que le salarié puisse travailler au maximum 216 jours pour une année civile, journée de solidarité comprise. Ce chiffre correspond à la réflexion suivante : un cadre a en moyenne 2 jours de repos hebdomadaires, soit 104 jours à l’année (il y a 52 week-end en moyenne dans une année). Il dispose aussi de 25 jours ouvrés de congés payés, de 9 jours fériés en moyenne tombant un jour ouvré et de 12 jours de repos sur l'année en application de la loi de réduction du temps de travail (RTT). Il faut aussi tenir compte de la journée de solidarité. Ainsi le calcul donne : 365 – 104 – 25 – 9 – 12 + 1 = 216 jours

A noter que dans d’autres secteurs d’activités (autres conventions collectives), il est souvent de 218 jours.

Peut-on travailler plus de 216 jours ?

Si le salarié vétérinaire, en accord avec son employeur, souhaite renoncer à une partie de ses jours de repos, en contrepartie d'une majoration de son salaire, cette durée maximale de 216 jours peut-être étendue à un maximum de 235 jours. Les jours supplémentaires doivent alors être rémunérés au moins à hauteur de 15% supplémentaire. En effet, la rémunération forfaitaire du forfait jour inclus la rémunération des heures supplémentaires et des congés payés. Si le salarié ne prend pas tous ses congés payés, il faut les lui payer, d'où la majoration de 15%.

Ex : Un vétérinaire qui travaille 227 jours par an, conformément à son contrat de travail sera rémunéré normalement à son échelon pour 216 jours et bénéficiera d'une majoration d'au moins 15% pour les 11 jours supplémentaires travaillés, car il s'agit de jours de congés non pris.

Le nombre de jours qui doivent être effectués doit être fixé et écrit au préalable dans le contrat de travail, notamment si le temps de travail excède 216 jours, où l'accord entre l'employeur et le salarié doit être établi par écrit.

➡ Pour tout savoir sur le décompte des congés payés, lisez notre article.

Que sont un temps complet et un temps partiel au forfait annuel en jours ?

On qualifie de temps complet au forfait jour un forfait comprenant au moins 216 jours par an, soit au minimum une moyenne de 18 jours par mois. On qualifie de temps partiel au forfait jour un forfait comprenant moins de 216 jours par an.

Notons que le vétérinaire salarié à temps partiel bénéficie des mêmes droits et avantages que celui travaillant à temps complet.

Aucune règle concernant les horaires, vraiment ?

Si un salarié au forfait annuel en jours est exonéré de la limitation de travail fixée à 10 heures/jour et à 35 heures/semaine, il n’est en revanche pas exonéré des règles du repos journalier et hebdomadaire, c'est à dire 11 heures de repos par jour et un jour de repos hebdomadaire d'une durée ininterrompue de 24 heures.

Sur quelle période sont décomptés les jours ?

La convention collective précise que le forfait annuel est calculé sur l'année civile, c'est à dire du 1er janvier au 31 décembre. Il ne peut pas être calculé sur 12 mois à cheval sur deux années.

Ex : Prenons une vétérinaire qui a travaillé douze mois dans une clinique du 01 octobre 2020 au 31 septembre 2021. Pour calculer ses jours travaillés, elle doit diviser la période en deux : * du 1er janvier au 31 décembre 2020 * et du 01 janvier 2019 au 30 septembre 2021

Entre contrat cadre intégré (heures) et contrats cadre autonome (jours), que faut-il choisir ?

Il est difficile de répondre à cette question car plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Pour une clinique dont les horaires d’ouverture et de fermeture sont relativement fixes, un contrat 35 ou 39 heures peut tout à fait convenir. En revanche, pour une clinique avec de gros volumes horaires, de longues distances à parcourir en voiture et des horaires très aléatoires, comme on le rencontre plus fréquemment avec des clientèles rurales ou équines, un forfait annuel en jours semble plus adapté.

Notons qu’un employeur n’est pas obligé d’utiliser le même type de contrat pour tous ses salariés. Une clinique mixte peut décider de mettre ses salariés canins au contrat en heures et ses salariés en rurale au forfait jours. Cela doit aussi résulter d’une concertation entre l’employeur et son salarié.

Rappelons qu’il n’est pas possible d’imposer à son salarié un contrat au forfait annuel en jours en raison de son caractère dérogatoire (Code du Travail, art. L. 3121 - 40).

Pourquoi le forfait jours est-il parfois décrié chez les vétérinaires ?

Parce qu’en ce qui concerne les vétérinaires, les salariés ne bénéficient pas vraiment de l'autonomie requise dans l'organisation de leur emploi du temps puisqu'ils doivent travailler sur les horaires de consultation. Le fait qu'ils puissent bénéficier d'une convention au forfait jour pose donc clairement question d’un point de vue juridique...

Considérant que les dispositions de la convention collective ou d'entreprises ne permettaient pas de garantir une charge de travail raisonnable et une répartition adéquate des horaires, la Cour de Cassation a, à plusieurs reprises, renforcé le contrôle de la validité des forfaits jours en les annulant dans plusieurs secteurs d'activité, retoquant ainsi les conventions collectives et mettant en difficultés un certain nombre d’employeurs.

Si la convention collective des vétérinaires devait un jour subir le même sort, elle serait considérée sans effet à l'égard du salarié, de sorte que le temps de travail devrait être évalué conformément aux règles de droit commun. Autrement dit, le salarié vétérinaire aurait droit au paiement rétroactif de ses heures supplémentaires. C’est pour cette raison que le forfait jours est parfois qualifiée de « bombe à retardement » … Mais la question demeure : si cela arrivait, par quoi remplacer le forfait annuel en jour alors même que de nombreux vétérinaires travaillent plus de 10h par jour et de 39h par semaine ?

La Rédaction

Tags

salarié vétérinaire Droit du travail Convention collective

Article précédent Article suivant