S'engager pour ses confrères !

Entretien avec Léa Loisel

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Aujourd’hui, je vous emmène à la rencontre de Léa Loisel… Léa est vétérinaire et enseignante-chercheuse contractuelle à Oniris, mais aussi bénévole pour Vétos-Entraide. Elle nous raconte ici son début de carrière mouvementé à l’Île de la Réunion, son rapport à la pratique clinique mais aussi et surtout comment elle a réussi à prendre suffisamment de recul pour trouver sa voie. Enfin, elle nous explique pourquoi elle a eu envie de s’engager pour aider la profession à lutter contre la souffrance au travail.


Quel a été ton parcours professionnel jusqu'ici ?

Léa : J’avais fait véto pour être praticienne mais déjà, à ma sortie d’école, je me demandais si j’en avais vraiment envie. Je pensais déjà à l’enseignement mais c’était important pour moi d’avoir une première expérience de terrain. J’avais aussi envie de découvrir de nouveaux horizons et pourquoi pas au soleil … J’ai donc postulé à la Réunion pour un poste en SPA. Cette première expérience n’a pas été exactement celle attendue. Je me suis heurtée au monde de la protection animale et je suis tombée sur des personnalités difficiles, notamment une personne. J’ai fini par partir tellement l’ambiance était mauvaise. Après ça, je suis heureusement tombée sur une super clinique avec des patrons sympathiques et bienveillants. Ça se passait plutôt bien mais malgré cela, j’avais toujours l’impression de ne pas aller au fond des choses. Je supportais de plus en plus difficilement les urgences. Il fallait tout faire à mille à l’heure et j’avais du mal à faire des compromis. Résultat : j’avais l’impression de ne pas aller au bout des choses et j’étais tout le temps insatisfaite de mon travail. Quand on est trop perfectionniste, la clinique peut faire souffrir. En plus, j’avais du mal à supporter l’exigence et le comportement de certains clients. J’avais de plus en plus le sentiment de ne pas être faite pour la pratique…

C’est le confinement qui m’a permis de me poser les bonnes questions et de commencer une réorientation. J’ai pris conscience qu’il fallait que j’arrête de me culpabiliser et que je devais m’autoriser à prendre du recul pour exercer un métier qui s’adapte à moi et pas l’inverse. Sans quoi je deviendrai petit à petit une véto aigrie. J’ai réalisé que je n’avais pas envie de devenir cela.

Après trois ans passés à la Réunion - à l’origine, je partais pour seulement neuf mois - je suis rentrée en métropole dans le but de trouver une thèse universitaire et d’enseigner. Pour gagner ma vie en attendant, j’ai cumulé plusieurs emplois : j’ai été vétérinaire régulateur pour un secrétariat téléphonique, j’ai donné des cours à l’École de Nantes en maladies réglementées et zoonoses et j’ai fait des vacations pour la SPA et en inspection sanitaire à Calais. Puis, j’ai eu un peu de chance car un poste en maladies règlementées-zoonoses à pourvoir rapidement s’est ouvert à Nantes. Je me suis engagée à faire une thèse en épidémiologie - dont je cherche toujours le sujet – ce qui m’a permis d’être embauchée. J’ai commencé en septembre dernier et je suis très heureuse de mes débuts ! Je suis beaucoup plus à ma place qu’en clinique : j’apprécie le contact avec les étudiants et les autres enseignants-chercheurs, la transmission pédagogique mais aussi le fait de pouvoir prendre le temps dont j’ai besoin pour faire les choses.

Comment as-tu découvert Vétos-Entraide ?

Léa : C’était lorsque je travaillais à la SPA de la Réunion. Je me sentais de plus en plus mal dans mon travail surtout à cause de la relation avec la direction qui était très dure avec les vétérinaires. Mais je n’arrivais pas à démissionner, surtout pour des raisons financières et parce que je culpabilisais « d’abandonner » mon poste. Là-bas, une collègue véto – pour qui la SPA ne se passait pas bien non plus - est devenue mon amie. C’est elle qui, après être elle-même partie, a appelé la ligne d’écoute de Vétos-Entraide pour prendre conseil sur ma situation. Un écoutant lui a dit qu’il fallait que je change de boulot, que continuer ne m’apporterait rien de positif. Ça m’a beaucoup aidé car quelqu’un d’extérieur légitimait ma souffrance au travail. Les écoutants sont formés : ils savent trouver les bons mots. Je réalisais peu à peu que cette situation n’était pas de ma faute… Parallèlement à ça, je suis allée voir une psychologue spécialisée dans la souffrance au travail qui m’a dit que non, ce n’était pas normal de se répéter sans cesse « il faut que je tienne dans ce travail ».

Pourquoi as-tu décidé de t'investir dans l'association ?

Léa : De retour en métropole, j’ai eu un peu plus de temps. Comme Vétos-Entraide m’avait aidé, j’ai décidé de leur rendre la pareille. J’ai eu envie de m’engager pour les autres vétos qui pourraient connaître la même situation que moi. J’ai voulu mettre mon expérience au service des autres. J’ai donc appelé Joëlle (la présidente de Vétos-entraide, ndlr) qui était ravie que quelqu’un de ma génération vienne compléter l’équipe. J’ai pu participer à un groupe de travail visant à aider les étudiants vétérinaires et les jeunes vétérinaires sortants d’école qui étaient en difficultés. Avec Vétos-Entraide, j’ai découvert une autre façon d’aider les autres différemment que par notre travail. Les bénévoles et membres du bureau sont des gens sympathiques et très ouverts, qui échangent avec beaucoup de bienveillance et qui ont tous le même objectif : aider les confrères en difficulté. Nos discussions étaient très enrichissantes, il n’en a pas fallu beaucoup plus pour me convaincre…

Qu'est -ce que chaque vétérinaire peut faire au quotidien et à son échelle pour diagnostiquer et limiter le mal-être au travail ?

Léa : Une des clés est d’être attentif aux autres pour leur permettre d’ouvrir le dialogue. Ensuite, il faut apprendre à légitimer le mal-être des autres. On a le droit de ne pas être bien, d’avoir besoin d’une pause, d’avoir envie de changer de voie etc. On nous apprend à encaisser, à ne pas se plaindre et surtout à ne jamais demander d’aide mais ce ne sont pas des solutions à long-terme. Si on s’autorise à demander de l’aide, si on arrête de se juger les uns les autres, les vétérinaires se sentirons moins seuls ! Sinon, je trouve aussi qu’il est important de sortir du microcosme vétérinaire et de rencontrer d’autres profils et professions. Ça aide beaucoup à prendre du recul.

Qu'est-ce que tu souhaites à Vétos-Entraide pour la suite ?

Léa : J’espère que l’association va continuer de se faire connaître et s’agrandir. Ce serait génial si tous les vétos la connaissaient ! Ça pourrait nous permettre d’avoir une plus grande diversité de bénévoles : des profils différents, des carrières variées, des âges divers… Ça permettrait que tout le monde se reconnaisse et qu’on puisse vraiment mieux appréhender les besoins de chacun.


Merci Léa pour cette interview en toute simplicité et sincérité ! Le début de ton parcours m’a largement rappelé celui de Pauline et Marie. Vos choix pour vous en sortir ont été différents mais votre parcours de réflexion, votre capacité faire de vos faiblesses de grandes forces et votre envie d’utiliser votre expérience pour aider les autres présentent indéniablement de grandes et belles similitudes…

Propos recueillis par Marine Slove
Vétérinaire et rédactrice en chef de Vétojob media.

📩 Vous voulez contacter Léa ? C’est elle avec d’autres bénévoles qui s’occupe du compte Instagram de Vétos-Entraide, passez leur un petit message ou contactez Léa directement sur son adresse mail : lea.loisel@vetos-entraide.com

👂Besoin de discuter ? Contactez la ligne d’écoute de Vétos-Entraide au 09 72 22 43 44 ou par mail à ecouter@vetos-entraide.com.

👊Envie de s’engager ? Contactez le bureau de Vétos-entraide par mail à contact@vetos-entraide.com

Pour mieux découvrir l'association, regardez cette vidéo. N’hésitez pas à explorer le site http://www.vetos-entraide.com.

👍 Cette interview n'a pas fait l'objet d'une transaction financière.

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